Rencontre littéraire avec Catherine Leroux

par | 14 février 2022 | 0 commentaires

Par @hanyrhauz

Il faut l’avouer, VLEEL est très vite tombé en amour pour les auteurs québécois. Catherine Leroux ne fait pas exception. Tout commence à 18h, non, en réalité à 19h… mais peu importe. Parce que tout commence par une discussion entre Claire Duvivier, des éditions Asphalte et Tania Massault, des éditions Alto. Cette fois, pas au salon du livre de Paris, où elles ont l’habitude de se croiser, mais en visio. C’est de là que vient cette édition française de L’Avenir de Catherine Leroux.

L’Avenir est une uchronie, où Fort Detroit (un Détroit resté francophone) est le personnage principal, une ville où la nature vient refaire sa place. C’est d’ailleurs en voyant le documentaire Detroit, ville sauvage de Florent Tilllon, que l’idée a germé. Il lui a fallu trouver l’équilibre, entre une version qui aurait pu être trop désespérante et une autre bien trop douce, tenir compte du positif comme du négatif. Elle a gardé à l’esprit que la première réaction de l’être humain, c’est l’entraide, comme on l’a vu pendant la période pandémique où nous avons essayé de faire les choses avec humanité. Notamment du point de vue des enfants. Ils sont au cœur du roman, ces enfants qui “se trouvent dans l’incertitude du présent et se tournent vers l’avenir.”

Et puis il y a Gloria, Eunice et Salomon. Gloria, paralysée par ce qu’elle vit alors qu’elle doit se mettre en action. Eunice, drôle, bourrue, hyperactive, un personnage très utile et qui va permettre à l’autrice de se mettre en action. Salomon qui, lui, donne une conception plus cyclique des choses, du temps.

Comme toujours aux éditions Asphalte, une playlist accompagne le texte. Detroit étant une ville de musique, l’exercice était d’autant plus fascinant. Elle reprend ce qu’écoute Catherine Leroux, mais aussi ce que ses personnages peuvent écouter. Il y a des artistes de Detroit comme Patty Smith, Iggy Pop (ici, la rédactrice du compte-rendu de cette rencontre littéraire mettrait bien quelques cœurs…), la Motown bien sûr. Et puis, une chanson québécoise connue de tous, chantée par Gilles Vigneaut, Le grand cerf-volant, qui colle parfaitement au roman (ici, la rédactrice du compte-rendu aimerait vraiment glisser quelques cœurs…)

De la musique à la langue, il n’y a qu’un pas. Le travail autour de la langue est crucial dans ce roman et c’est d’ailleurs ce que souligne Claire Duvivier. Catherine Leroux a voulu inventer un dialecte particulier, une sorte de français d’Amérique, qui va plus loin que le français du Québec, sans pour autant être trop expérimental et en restant lisible. Une langue qui aurait été plus influencée par l’anglais. Elle a retrouvé des archaïsmes, des expressions qui sont propres au lexique de la région de Détroit. Quand les enfants parlent, il y a aussi des bizarreries de conjugaison, ils font des fautes, sont dans le désordre de l’enfance. Au Québec il y a cette tradition de modeler la langue, de jouer avec elle. Il s’agit de “danser sur l’éventail d’un niveau de langue.” La traduction en anglais est en cours, et à son avis, elle est magnifique. La traductrice a cherché d’autres archaïsmes et a particulièrement travaillé la langue parlée par les enfants.

Ce roman, qui se passe dans une ville où la nature reprend ses droits, où le temps trouve toute sa place, elle l’a écrit pour ses enfants, pour leur donner de l’espoir. Mais aussi pour faire réfléchir à l’angoisse climatique, pour reconnaître la responsabilité dont cette génération hérite. Tout ça dans une sorte de radicalisation positive. En un mot, l’avenir. Le seul et unique titre depuis le début de l’écriture de ce roman. L’avenir, un grand mot et un clin d’œil à Leonard Cohen. Parce qu’à Fort Detroit comme ailleurs, tout doit se terminer en chansons.