Rencontre avec Mathias Malzieu

par | 21 janvier 2022 | 0 commentaires

Par @sandra_etcaetera

Passer presque deux heures à écouter et échanger avec Mathias Malzieu est un privilège tant il a le don de vous regonfler le cœur. Un privilège dont nous avons pu bénéficier à l’occasion d’une deuxième rencontre Vleel avec lui pour la sortie de son nouveau roman Le guerrier de porcelaine.

L’inspiration de Mathias Malzieu peut émaner de la musique, d’un film, d’un mot, d’un personnage qui se dessine dans son imaginaire… elle nait toujours de situations opportunes qui fabriquent de « petites étincelles » et le mettent en appétit créatif, suffisant pour être animé par un souffle capable de le pousser à raconter une histoire.

Le guerrier de porcelaine est un livre qui a mûri progressivement et surtout au rythme du parcours de vie de Mathias et au gré d’autres événements extérieurs.

Cette histoire, celle de son père enfant en zone occupée, il l’entend depuis tout petit à travers le récit de son père lui-même, comme une espèce de légende familiale, dont la version peut varier selon les jours !

Quand il a vécu cette histoire, le père de Mathias Malzieu avait 4 ans, aujourd’hui il a 83 ans. Le récit plus détaillé de cette période de sa vie il l’a fait auprès de son fils alors qu’il était à l’hôpital dans l’attente d’une greffe de moelle osseuse et alors qu’ils regardaient ensemble le mondial de foot 1984. Mathias nous confie que le foot et le fait de lui demander de raconter cette histoire lui permettaient de détourner l’attention de son père par rapport à sa maladie source évidemment d’inquiétude. Mais c’est finalement Le journal d’un vampire en pyjama qu’il va écrire pendant ce temps d’hospitalisation, ne réussissant pas tout de suite à reprendre ce texte parlant de son père et écrivant entre temps Une sirène à Paris.

Le résultat est un texte émouvant et sincère parcouru par des personnages attachants et marquants,  qu’on vous invite évidemment à découvrir.

Le père de Mathias Malzieu à la lecture du roman fut heureux, fier et ému, bloquant cependant sur certains détails différents de la réalité qu’il avait vécue. Là est la différence entre l’autobiographe et le romancier, faire la distinction entre ce qui est juste pour l’histoire et ce qui est vrai dans la réalité.

Un texte d’ailleurs moins chargé de poésie que ses précédents romans, nécessitant moins d’artifices, moins de mots valises, moins d’inventions (pour l’anecdote, il voulait intégrer une machine à remonter le temps dans ce roman qui s’est avérée finalement inutile pour les besoins du récit). Cependant il n’a pas hésité à s’arranger avec certaines réalités pour créer un vrai roman.

« C’est une arnaque joyeuse, extrêmement sincère », résumant ainsi le fait à la fois d’avoir mis beaucoup de lui dans ce roman tout en restant fidèle autant que faire se peut aux faits ayant eu réellement lieu. Pour écrire ce livre, outre le fait d’avoir écouté son père, il a relu Le journal d’Anne Franck, L’attrape cœur de Salinger et La vie devant soi de Romain Gary.

Et même si Mathias Malzieu nous confie avoir commencé à lire tard dans sa vie, l’exergue de son roman signée Boris Vian souligne une de ses inspirations phares. Vian restant un auteur qui a beaucoup compté pour lui, une histoire d’amour étant à l’origine de sa lecture de L’écume des jours. Un texte qui a vibré en lui et l’a ému comme peuvent le faire également Kurt Cobain, ou encore White Whitman ou Maïakovski, des artistes qui restent stimulants pour lui.

Alors après l’écriture de ce roman assez personnel et puisant dans le passé familial évidemment se pose la question de la suite. Que peut-on écrire après ça ?

Il travaille actuellement à L’orphelinat des amis imaginaires. Un projet dont la forme reste à définir, mené conjointement avec un ami photographe (Leturkphotographies), s’intéressant à l’univers de ces amis imaginaires que les enfants se créent et finissent un jour par oublier et abandonner.

Mais Mathias Malzieu ne manque jamais d’idées. Il se pourrait aussi qu’il écrive sur un papa qui a perdu son enfant avant même qu’il n’existe, imaginant sa vie avec lui et vivant sa vie sans lui. Mais il a aussi envie de raconter la vie de sa mère et plus globalement s’intéresse particulièrement au récit de vies parallèles.

Le vleel se termine avec douceur par une lecture d’un extrait du Guerrier de porcelaine et pour notre plus grand bonheur par une chanson interprétée et jouée à la guitare en direct par Mathias Malzieu himself. Nous nous quittons heureux et convaincus que le monde irait mieux en écoutant chaque jour Mathias Malzieu.

A voir: le replay de la rencontre sur YouTube