Rencontre avec David Joy

par | 20 décembre 2021 | 0 commentaires

Par eva_tuvastabimerlesyeux

Le 5 décembre, VLEEL a reçu en partenariat avec le Picabo River Book Club l’auteur américain David Joy qui a publié trois romans en broché chez Sonatine et en poche chez 10/18 : « Là où les lumières se perdent », « Le poids du monde », « Ce lien entre nous ». 

Sa région : David Joy vient du comté de Jackson, en Caroline du Nord, dans les Appalaches, région dans laquelle se déroulent tous ses romans, puisqu’il n’écrit que sur les lieux qu’il connaît. Lorsqu’il crée un personnage, il a donc tout de suite en tête un accent, une façon de parler, et les paysages qui l’entourent. Lui-même est très attaché à ses montagnes, il souffre d’ailleurs d’anxiété dès qu’il les quitte ! Pour autant, camper tous ses personnages dans la même région ne le limite pas dans son écriture, il n’a pas en tête une seule histoire qu’il ne pourrait pas raconter dans les Appalaches. 

Son inspiration : dans ses romans, les personnages oscillent entre espoir et déterminisme, la région pouvant être un piège ou une sorte de cocon. S’il s’y sent bien, et que sa jeunesse ne ressemble pas à celle de ses personnages, il y a connu de nombreuses personnes dont la destinée a été très sombre. 

Parfois, une histoire lui vient à partir d’une image : pour son premier livre, c’était celle d’un homme qui demande à son fils de tuer un cochon. Parfois, c’est en entendant parler d’un fait-divers, par exemple un homme tué par erreur durant la chasse car il avait été confondu avec un sanglier, ce qui lui a inspiré son troisième roman. 

Le point commun de ses différents livres est qu’il crée systématiquement un conflit dans lequel ses personnages se retrouvent plongés, en sus d’un contexte sociétal tendu– il s’inquiète en effet de l’écart grandissant qui existe aux Etats-Unis entre riches et pauvres. Dans les Appalaches, beaucoup de gens luttent en effet pour survivre, sans travail voire même sans accès à l’eau potable. Il écrit également beaucoup sur la masculinité, et notamment la masculinité toxique, et sur la violence. Il souhaite d’ailleurs provoquer un dilemme chez le lecteur, que les scènes soient dures au point que celui-ci n’ait pas envie de les lire, mais que l’écriture, le style poétique l’empêchent de poser le roman. 

Ses influences : David Joy lit énormément de littérature et de poésie. Il cite en particulier Willy Vlautin, Maurice Carlos Ruffin, Crystal Wilkinson…Mais c’est à l’université qu’il a rencontré son mentor : David Joy, alors étudiant,  avait écrit une nouvelle que sa prof d’écriture avait fait lire à son collègue du bureau d’à côté… Ron Rash ! Le célèbre auteur lui a transmis trois choses importantes : l’amour de la langue, de bons livres (notamment le recueil de William Gay « I hate to see that evening sun go down »), mais aussi le modèle d’un écrivain qui a réussi mais qui est resté le même, en ayant également gardé espoir en l’humanité. 

Son organisation :  depuis 5 ou 6 ans, il vit essentiellement de ses écrits, complétant ses revenus avec des petits boulots occasionnels. L’écriture requiert énormément de solitude -sans temps pour soi, on ne peut terminer un livre – mais également beaucoup d’énergie. Or, étant très introverti, être avec des gens lui en coûte énormément. Il a donc besoin de se ressourcer dans les bois, de chasser, de pêcher, pour retrouver son équilibre. Très observateur, il a tendance à tout mémoriser, comme une véritable éponge, ce qui à la longue est fatigant. Être avec les autres lui permet d’emmagasiner de la matière pour ses livres : quand il en a assez, il rentre et s’attelle à l’écriture. 

La France : David Joy est déjà allé en France, notamment en 2018 pour le Festival America, et il y retournera en Avril, dans le coin d’Albi, pour pêcher…et pour manger, car fin gourmet, il est passionné de gastronomie. Il s’intéresse également à la littérature française – il déplore qu’il n’y ait pas assez de traductions aux USA, mais apprécie par exemple Nicolas Mathieu, il a d’ailleurs écrit un « blurb » pour la novella que l’auteur français y publiera bientôt. 

Son prochain roman : David Joy souhaite grandir en permanence, il est obsédé par le livre qu’il écrira ultérieurement, vers l’âge de 50-60 ans. Son quatrième livre sortira en Janvier 2022 chez Sonatine. Intitulé « Nos vies en flammes », il évoque l’épidémie d’opioïdes qui ravages les Etats-Unis, non pas du point de vue d’un junkie, mais de celui d’un homme qui voit son fils s’enfoncer dans la toxicomanie. C’est un thème qui lui tient à cœur et sur lequel il a non seulement écrit cette fiction, mais aussi un article de presse qui a été publié dans le numéro « A quoi rêvent les jeunes ? » du magazine America en Mai 2020.

A VOIR: le replay de la rencontre sur YouTube